Mathieu Chassignet est ingénieur mobilité et qualité de l’air à l’ADEME et membre du comité de pilotage d’i-Viatic.

Il nous partage sa vision systémique et sobre de la mobilité innovante centrée sur les besoins, en particulier ceux des territoires peu ou moyennement denses visés par la loi d’orientation des mobilités (LOM).

Quel est votre rôle à l’ADEME ?

Structure regroupant 1.000 collaborateurs, à la fois nationale et décentralisée, l’ADEME dispose d’une direction en Hauts-de-France d’une trentaine de personne où je suis le référent mobilité. L’équipe travaille avec l’ensemble des parties prenantes du territoire : collectivités, entreprises et associations. Je joue le rôle d’expert technique doublé d’une capacité à accompagner financièrement des projets.

Sur la thématique mobilité, je travaille surtout avec les collectivités, de plus en plus avec celles qui sont peu ou moyennement denses.

 

L’ADEME finance i-Viatic depuis sa création en 2013. Pourquoi ?

L’ADEME s’appuie sur des acteurs extérieurs agiles, comme i-Viatic, pour communiquer sur des retours d’expérience, des études ou partager des bonnes pratiques. i-Viatic est comme un radar à détecter les besoins sur le terrain, accompagner les collectivités territoriales et les aider dans leurs recherches de financement, par exemple via une candidature à des appels à projets de l’ADEME. L’équipe i-Viatic a une grande expertise des projets d’expérimentation territoriale en mobilité innovante. Elle peut en faire profiter les autres acteurs de l’écosystème à travers la cellule d’animation France Mobilités dans les Hauts-de-France.

 

i-Viatic est-il le seul programme soutenu par l’ADEME sur la mobilité dans les Hauts-de-France ?

Les deux autres programmes relais financés par l’ADEME sont tournés vers le vélo et l’écomobilité scolaire pour le Centre de ressources en écomobilité (CREM) ainsi que les déplacements des travailleurs pour Déclic Mobilités. Avec i-Viatic, ce sont trois relais dont certaines missions sont mutualisées. Par exemple, i-Viatic gère une base de données communes des contacts dans les territoires : le répertoire des mobilités.

 

Quel est le rôle de la cellule régionale France Mobilités que vous animez ?

À la suite des Assises nationales de la mobilité en 2017, qui a donné naissance à la loi d’orientation des mobilités (LOM) en décembre 2019 (voir L comme LOM par le conseiller scientifique i-Viatic) puis à la création de France Mobilités, une cellule s’est montée en Hauts-de-France composée d’acteurs publics : l’ADEME, le Cerema[1], la Dreal[2] Hauts-de-France, la Banque des territoires et la Région Hauts-de-France.

La LOM bouleverse le paysage : 85 à 90 % des collectivités territoriales, autrefois en zone blanche, vont prendre la compétence mobilité et devenir Autorité organisatrice des mobilités (AOM) à partir de juillet. Elles auront besoin d’accompagnement avec i-Viatic qui peut apporter toute sa compétence et sa connaissance du terrain et de l’expérimentations sur des territoires très variés, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux.

Plutôt que les transports publics, souvent trop coûteux pour des petits territoires, elles se tourneront probablement vers le vélo, le covoiturage, le rabattement vers les gares ou encore la mobilité solidaire pour les personnes en situation de précarité énergétique.

 

« La mobilité innovante est un sujet complexe et systémique »

Je travaille dans ce domaine depuis 10 ans et je constate que l’on répète les mêmes erreurs. Il faut sortir du discours simpliste techno-centré sur la mobilité, comme le véhicule autonome, solution censée tout révolutionner d’un coup de baguette magique.

Ce qui fonctionne, c’est adopter une vision systémique en intégrant la question des besoins et de la sobriété en posant un diagnostic bien adapté. Cette démarche fait sans doute moins rêver et pourtant, ce sont souvent des réalités très concrètes qu’il faut prendre en compte.

Par exemple l’absence de trottoirs ou leur discontinuité rend la pratique de la marche difficile. On a aussi une résurgence de territoires peu denses qui veulent mettre des vélos en libre-service (VLS) alors que la location de vélos serait beaucoup plus adaptée en raison du coût moindre et d’un impact par usager supérieur. Le VLS est clairement adapté aux grands centres urbains mais peu aux autres territoires.

Le programme i-Viatic fait le lien entre les start-up et les territoires avec l’obligation de transparence et d’évaluation de ces expériences. C’est précieux.

ADEME
Agence de la transition écologique

 

L’ADEME est résolument engagée face aux grands défis de l’urgence climatique et de la préservation des ressources.

Sur tous les fronts, l’agence mobilise les citoyens, les acteurs économiques et les territoires en leur donnant les moyens de progresser vers une société économe en ressources, plus sobre en carbone, plus juste et harmonieuse.

Dans tous les domaines – énergie, air, économie circulaire, alimentation, déchets, transport, sols… – l’ADEME conseille, facilite et aide au financement de nombreux projets, de la recherche jusqu’au partage des solutions. Elle est au service des politiques publiques en mettant à disposition ses capacités d’expertise et de prospective.

Site web : https://www.ademe.fr

 

[1] Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement

[2] Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement sous tutelle commune du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de la Cohésion des territoires